Le frisson de la feuille noircie … ou quand les mots joignent les mouvements

  • Dans le cadre du festival « Axés Danse », organisée par la compagnie de danse universitaire C’est Pas Nous, les poètes de l’association histoire d’écrire se sont joints aux danseurs pour former des duos « voix et danse ». Dans un premier temps, un atelier d’écriture, animé par Marien, s’est déroulé durant une répétition de la compagnie. Les textes réalisés ont été déclamés par leurs auteurs, chacun d’entre eux était accompagné d’un danseur, leur union s’est improvisé dans l’instant, entre mots et mouvements, corps et parole….La bibliothèque universitaire des Lettres et Sciences Humaines d’Aix-Marseille Université a ainsi pu être dérangée pendant quelques dizaines de minutes.

    Emilie nous raconte cette expérience :

    « Lire en danse »

    S’emparer du silence d’une bibliothèque. Le tordre pour mieux le briser. Imprimer des mots dans l’air, les faire sonner entre deux étagères. C’est un couple qui s’avance : un conteur et sa muse… Ou un danseur et son ombre ? Durant quelques instants, les deux intrus vont jouer ensemble, chacun avec la graphie qui lui est propre : les lettres et la voix pour l’un, l’espace et le corps pour l’autre.

    Surpris, quelques visages se lèvent ; les lectures savantes s’interrompent, le temps de saisir un mot, une phrase ou deux. Parfois, les yeux replongent. Parfois, les auditeurs, peut-être exaspérés, réunissent leurs affaires et quittent les lieux. Parfois, enfin, un curieux s’approche, cherchant à mieux voir la scène qui se déroule à quelques mètres de lui.

    Ce mardi 15 mai midi, j’étais lectrice (« poète », disait-on aussi), en binôme avec Alice, danseuse de la compagnie C’est Pas Nous. Nous avons été une dizaine (cinq « duos ») à envahir, en l’espace d’une demi-heure, le premier étage de la bibliothèque universitaire, puis son escalier, et enfin une partie de son rez-de-chaussée. Notre argument : une performance dansée mais sans musique, avec pour seule matière sonore et ryhtmique des textes lus, criés, murmurés, chuchotés, à l’unisson ou en canon, déballés devant les regards étonnés des étudiants présents. En dehors de quelques lignes d’Arthur Rimbaud, qui devaient constituer le point culminant de la représentation, tous les textes étaient des créations des ateliers d’écriture d’Histoire d’écrire.

    To perform, en anglais, c’est accomplir, exécuter, effectuer. La performance consiste à dire, tout simplement : je suis là, ici et maintenant ; j’investis cet espace et ce temps qui sont miens, devant vous et avec vous. Pour y parvenir, la plus courte des préparations est aussi la meilleure : rien ne vaut la vivacité et la brutalité de l’improvisation.

    « Inside – Outside »

    Le soir, nous avons « remis ça » à la cité universitaire des Gazelles, pavillon 8. Une douzaine de chambres à visiter, pour une performance en appartement, et quatre niveaux, quatre couloirs à investir. Passer de l’immensité de la BU à un 15m², ce n’est pas rien. L’expérience n’a même plus grand-chose à voir : les étudiants ont donné, au préalable, leur accord pour que nous passions par binômes chez eux. Ils nous attendent, donc, et nous ouvrent leur porte, à la fois curieux et amusés ; nous découvrons alors tout autant qu’eux et avec une joie similaire à la leur la « performance en appartement ». L’espace est plus exigu ; l’atmosphère, plus intimiste, peut-être aussi plus détendue, nous donne une force encore différente. Mais le jeu, les regards, l’écoute restent tout aussi importants, du premier mot prononcé au dernier geste esquissé.

    Puis le couloir se met à résonner de mots. Des vers balancés d’une porte à l’autre, d’une fenêtre à un recoin… Jusqu’à ce que la musique prenne le relai. Les duos alors s’effacent et nous, lecteurs, nous nous taisons, de sorte que l’espace libre du couloir n’appartienne plus qu’aux danseurs. A chaque étage correspond un morceau précis, et donc un thème de danse différent. On commence par des traversées… pour finir sur un défilé bigarré, qui fera la transition avec le « tableau » final, sur le parvis du pavillon, sous les fenêtres de nouveaux spectateurs. Emportés par notre enthousiasme, nous ne nous sommes même pas rendu compte que la performance avait duré une bonne heure et demi.

    Texte écrit par Emilie.

    Pour découvrir le travail de cette compagnie de danse contemporaine, rendez-vous sur : http://compagniededanse.free.fr

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