Textes : Deux lauréates à des concours de poésie et d’écriture 2013

J’ai participé, en novembre 2012, au concours de la Nouvelle en Mille Mots organisée , comme chaque année, par la Ville de Fréjus.

Cette année, le thème en était : « Le jour où tout a basculé… »

C’était mon premier concours littéraire. C’est grâce aux encouragements et aux conseils de Michel Suzzarini qui dirige l’atelier d’écriture Sévigné à la Médiathèque de St Raphaël, atelier que je fréquente depuis un an , que j’ai eu le courage de me lancer seule dans ce concours. Je n’en ai parlé autour de moi qu’après avoir expédié mon manuscrit à la commission du concours.
Le thème m’a accroché tout de suite ; j’avais des choses à dire sur un drame familial qui a changé pour toujours la vie de mes parents et celle de ma fratrie car on ne se remet pas d’un tel drame , on apprend juste à vivre avec… Je me suis battue avec les contraintes d’écriture, j’ai relu et corrigé à satiété pour essayer de donner corps à ce que je voulais exprimer.
Le jury a bien voulu sélectionner ma nouvelle : « Une jolie fleur de papillon » avec une douzaine d’autres manuscrits ; je me suis retrouvée finaliste et toute fière de l’être , bien sûr ! J’ai reçu un beau diplôme et un chèque de dix euros offert par la Librairie Charlemagne que je me suis empressée d’aller dépenser après le cocktail de remise des prix !
Je compte bien participer à d’autres concours en France et en Francophonie !

Nicole Sabato

UNE JOLIE FLEUR DE PAPILLON

Quel jour de janvier 1960 ? L’aînée des enfants s’est longtemps souvenu de la date exacte mais plus maintenant…
C’était le soir, à l’heure du dîner, le papa et ses filles étaient assis dans la salle à manger. Soudain, deux coups secs portés à la lourde porte d’entrée, en haut des marches, au moment même où la maman arrivait de la cuisine, un saladier dans les mains ; surprise, elle s’arrêta et murmura : « Qui ça peut bien être ? ». Le père se précipita dans le couloir, suivi de l’aînée et de sa cadette ; seuls les deux plus jeunes dormaient déjà dans une petite pièce aménagée derrière la salle de bains
Avant d’ouvrir, le père lança, à travers la porte « Qui est là ? » et, de l’autre côté, une voix répondit : « C’est la Police ». Alors seulement, on ouvrit la porte. Deux agents de police se tenaient sur le seuil. L’un d’eux ôta son képi :
- Etes-vous bien Monsieur François Di Sandro ?
- Oui…Que se passe-t-il ?
- Eh bien, nous sommes désolés d’avoir à vous annoncer ça, mais vos parents ont été victimes d’un attentat au revolver, cet après-midi, près de leur domicile, à Affreville. Votre père est dans le coma, il est à l’hôpital ; votre mère, elle, est légèrement blessée. Elle est chez votre sœur Elliette. 
Et , soudain, le fracas du saladier venu se briser contre le sol du carrelage, le cri de la maman : « Mon Dieu ! », le visage enfoui dans les mains, le papa, devenu blême, et tous ces mots inaudibles… Puis, la lourde porte comme refermée d’elle-même . Le Destin venait d’envoyer ses émissaires et ils étaient repartis si vite qu’on aurait pu douter de leur venue…
La maman , au milieu des sanglots,avait murmuré : « Il faut monter à Affreville ! » et le papa d’une voix atone : « Il est tard, plus de train ! » » et après un regard circulaire du plafond jusqu’au au sol, jonché de bris de faïence : » On y va en voiture, tant pis ! ».
Les petits réveillés, tout le monde habillé à la hâte , et ce geste furtif, entrevu au moment de monter dans le véhicule : la maman qui se signe…
Nuit traversée au ralenti, comme en rêve, la montée du Zaccar désert, le véhicule enroulant un à un les virages et, à l’arrière, les plus jeunes, endormis, bercés par le tangage. Ils ne se réveillèrent même pas quand le chef d’une patrouille militaire arrêta la voiture pour vérifier les papiers.
Puis, l’arrivée dans le village, silencieux. On avait refermé doucement les portes de la Traction . Quand la gentille Tata Eliette les fit entrer, cette fois, ce ne fut pas : « Tiens ! Voilà les revenants ! » comme elle avait l’habitude de dire, quand toute la tribu débarquait chez elle pour les vacances d’été.
Non, cette fois-là ce fut, dans un chuchotement : « On ne pensait pas que vous monteriez dans la nuit ! » avant d’étreindre très fort, petits et grands. Puis, on entra à pas feutrés…La chère mémé, blessée elle aussi, somnolait dans le canapé, une épaule bandée, le bras dans une écharpe. Elle ouvrit alors les yeux et dit d’une petite voix lasse : « Ah, c’est toi mon fils ? Vous êtes tous venus… » Chacun vint l’embrasser , son bras valide , en vous enlaçant , tremblait un peu dans votre dos. Combien de temps séjournèrent-ils chez l’oncle et la tante d’Affreville ? L’aînée ne saurait le dire…
Ce dont elle est sûre, c’est qu’elle revit plus son pépé adoré. Elle entendit ces mots : « …emporté dans son coma… » et elle se demanda où il avait été emporté.
Elle surprit d’autres propos étranges : « Faut faire attention à François pendant la cérémonie ! Il ne faut pas qu’il soit armé, il est capable de se faire un mauvais coup, tu sais bien qu’il vénérait son père ! » ; elle comprenait alors que l’on évoquait là , François, son papa, mais ce qu’on en disait n’avait aucun sens…
L’enterrement eut lieu, mais dans un autre monde. 
Ce jour-là, l’aînée et sa cadette, furent gardées par une voisine de la rue de Paris, tout près de là. Le potage qu’on leur avait servi contenait des pâtes-alphabet et la petite sœur s’amusa à en épeler les lettres ; puis, ce souvenir encore, dans le jardin de la dame : elle, la grande, assise sur la balançoire, fredonnant un air entendu à la radio : « Jolie fleur de pa… pa… pa , jolie fleur de papillon… ». 
Des mois plus tard, quand elle comprit qu’elle ne reverrait plus son grand-père parce qu’il était mort, quand enfin le chagrin arriva, quand elle se surprit à verser longtemps, longtemps, des flots de larmes accumulées dans l’innocence du drame, elle eut honte de s’être laissée aller à chanter le jour de son enterrement.
Et rien ne fut plus comme avant…
Plus personne pour lui chanter cette comptine en napolitain qui parlait d’une pipistrelle ! Son pépé la lui avait apprise quand elle était toute petite, elle aimait la répéter après lui en mimant l’envol de la petite chauve-souris !
Plus de courses au marché arabe, la main dans la main, avec l’inévitable halte devant le marchand enturbanné, qui vendait ses volailles, pendues par les pattes au bout de ses bras tendus, les bêtes caquetant, battant des ailes, comme pour demander grâce !
Plus d’après-midis de farniente, au bord de la piscine municipale ; c’est dans ce grand bassin, orgueil de la ville, que le pépé lui avait appris à nager.
Mémé Di Sandro se mit à détester Affreville ; elle y avait été trop heureuse, disait-elle, et une fois rétablie, elle alla vivre, loin dans le Sud, chez une autre de ses filles.
L’ainée regagna Alger avec sa famille. L’appartement paraissait plus sombre.Ell y surprit souvent sa mère, interrompant brusquement l’air qu’elle fredonnait au milieu de son ménage, les larmes aux yeux, comme si le drame lui avait ôté le droit d’être à nouveau gaie…Son père, déjà d’une nature peu loquace, devint mutique.Il trouva du travail sur des chantiers pétroliers au Sahara. Il revenait tous les trois mois à la maison ; à chacun de ses départs, l’aînée craignait de ne plus le revoir un jour.
Un matin de juin 1962,à la fin de la terrible guerre, la famille regagna la métropole , dans le chaos que l’on sait, abandonnant derrière elle, la tombe du « pauvre Pépé » comme on le nommerait désormais.
Aujourd’hui, seule l’aînée peut encore évoquer le cher aïeul, ses frères et sœur n’en ayant gardé aucun souvenir. Certains jours, il lui manque encore, cet homme bon et pacifique, tombé dans ce village qui portait le nom de Monseigneur Affre, Archevêque de Paris , mortellement blessé , lui aussi, alors que, debout sur les barricades de 1848, il implorait l’arrêt des combats.Il mourut, dit-on en suppliant que son sang fut, à jamais, le dernier versé…

Nicole Sabato

*****

Alexandre Dumas, par l’intermédiaire de D’Artagnan a dit :
UN POUR TOUS, TOUS POUR UN.
Alors, tels les trois Mousquetaires, Marie-Thérèse, Micheline et Gisèle, solidaires dans la réussite comme dans la défaite, nous voilà participantes au concours 2013 de poésie sur la Provence.
La remise du prix n’était pas à Cannes, mais à Cavalaire. Peu importe ! ça commence aussi par un « C ». Gisèle fut reconnue parmi les dix finalistes et finaliste elle est restée.

Gisèle Leroux

PROVENCE

Quelque part en Provence, 
Des rues savamment empierrées, des volets clos. 
C’est l’été, un village somnole,
Lové dans une brume-chaleur moirée.

L’ombre de Cézanne rôde alentour.
Les senteurs mêlées du thym, de la lavande 
Et de l’immortelle hélychrise dorée, embaument.

Douze coups s’envolent du clocher.
Té ! Il est midi ma p’tite dame ! 
« Es tiempo de escolta la cigalo canta,
Fais pas bon travaia quand la cigalo canto »

Dit malicieusement le chevrier. 
Et il s’assied, le dos calé contre l’olivier.

Et là ? Dis-je, cette maison qui a rendu l’âme ?

C’était le bastidon de Mémé Roquette.
Elle s’en est allée, depuis belle lurette.
C’était un régal sa roquette avec mon fromage de chèvre !

Il doit faire frais dans le bastidon, las fermé !
Moi ? Je suis d’ailleurs.
Mon regard s’émerveille et contemple,
un tableau pastellisé de collines boisées et d’oliveraies.

Je trace ma route, mais je garderai en mémoire, 
le chant des cigales 
Et le parler Provençal de votre voix, chevrier.

Je reverrai le village assoupi,
Lové dans la brume-chaleur moirée.
Je me souviendrai de tout. Je revivrai, chez moi,
l’enchantement ressenti, qui m’a touchée droit au cœur.

Canto cigalo !

Gisèle Leroux

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